critique
RIEL : UN MéTISSAGE INSPIRé
Victoriaville - La politique est partout, disent les professeurs de cégep en manque de débat d'idée. Mais, véritablement, les voies impénétrables de la politique font que s'entrecroisent parfois les destins, mystérieusement. Un correspondant parlementaire retrouve à Victoriaville des habitués d'un festival en train de plaider en faveur d'un leader d'un autre siècle, pendant que le nom de ce révolutionnaire était ravivé, quelques heures auparavant, à la mémoire des parlementaires d'Ottawa.
Il fallait Riel pour fusionner toutes ces actions. Il fallait Riel aussi pour inspirer le contrebassiste Normand Guilbeault à lancer de superbe façon le 15e Festival international de musique actuelle de Victoriaville. << Ils vont être obligés d'écouter ce que les Métis ont à dire à Ottawa. >> À l'unisson dans les Bois-Francs et au parlement, ces paroles ont résonné hier haut et fort.
De ceintures fléchées en incandescences, de marches militaires en marche funèbre dans le style de la Nouvelle-Orléans, de vielles chansons françaises en airs vaguement arabisants, de reels Riel en réel délire, Guilbeault a façonné un show grave et envoûtant, une longue complainte sincère et métissée.
Lentement, son plaidoyer se construit autour de narrateurs omniprésents et, pour dire vrai, omnipotents. François Gourd, en Riel, et Bob Olivier, dans le rôle des méchants, n'ont rien de mauvais, mais l'accent mis sur la parole coupe souvent de beaux élans musicaux. Ce trop de mots et trop peu de musique s'estompent heureusement peu à peu et les superbes compositions de Guilbeault, supportées notamment par le violon agile de Jean René, la belle voix de Lou Babin et des souffleurs syncrones au quart de tour, prend toute la place qui lui revient jusqu'au pathétique finale sur la mort d'un homme juste.
Bâtarde dans le sens noble du mot, métissée, interraciale, mixte, la musique habitée d'un souffle épique étonne, surprend, ravit. << Même les gens qui me connaissent vont être surpris >>, avait promis le musicien en entrevue une semaine plus tôt. Chose promise, chose faite.
Et, au faîte de son art, sans compromis, ni complaisance, Guilbeault vise et atteint l'émotion au volant d'une section rythmique lourde et obsessive. Le contrebassiste célèbre moins un rituel qu'il mène le récit d'une réelle tragédie à bon port. Son propos se change en cri: Riel ne sera pas mort pour rien.
Et le débat politique dans tout ça? À bien y penser, foi de correspondant parlementaire, il n'a pas beaucoup changé depuis le temps. Le métis et visionnaire manitobain l'avait prédit: << un homme sans parole est un homme vulgaire >>.
MARIO CLOUTIER
Retour à Riel Back
to Riel